Il ne s’agit pas d’une réforme des pensions mais d’un accord politique

Il y a quelques semaines, notre gouvernement a conclu un accord sur la réforme des retraites. Elle se concentre sur les conditions d'éligibilité à la pension minimale et sur le bonus de pension pour ceux qui souhaiteraient travailler plus longtemps. Bien qu'il s'agisse d'un pas dans la bonne direction, le gouvernement a été vivement critiqué. Ces mesures sont-elles suffisantes pour faire face au vieillissement actuel de notre société ? Le professeur Jean Hindriks, président de l'École des sciences économiques de l’UCLouvain et membre du Conseil académique pour la politique des retraites, apporte son éclairage sur le sujet.

réforme des pensions
Dans cet article

    Cette réforme des retraites correspond-elle à vos attentes ? 

    Non pas du tout. De mon point de vue, il ne s’agit pas d’une réforme mais d’un accord trouvé sur la thématique des pensions. Via cet accord, le gouvernement n’a pas répondu à l’enjeu majeur qui est de maitriser la croissance des dépenses de pensions. C’est même tout le contraire : ce qui est dans l’accord consiste justement à augmenter ces dépenses.

    Par ailleurs, le gouvernement avait déclaré vouloir augmenter le taux d’emploi à 80%. Pour cela, il faudrait proposer des mesures concrètes qui puissent permettre cette augmentation. Je pense notamment à l’augmentation du taux d’emploi des femmes, car c’est là où il est le plus faible, ou encore à la mise en place de mesures concrètes concernant les travailleurs seniors. Or, pour l’instant, ces mesures sont encore exclues de l’accord trouvé par le gouvernement. Aujourd’hui, 80% des attribués ont déjà quitté le marché du travail avant de prendre leurs pensions : cela peut être soit parce qu’ils sont en arrêt maladie, soit parce qu’ils ont des formules d’aménagements de fin de carrières. Les gens n’attendent plus de prendre leur pension pour quitter le marché du travail. Il sera dès lors difficile d’augmenter le taux d’emploi en maintenant ces régimes qui encouragent les personnes à décrocher plus tôt. Je ne pense pas non plus qu’un bonus pension symbolique puisse motiver les gens à travailler plus longtemps.

    Toutefois, je salue une chose qui a changé dans le discours sur les réformes : on commence enfin à plus parler de carrière et moins d’âge. Il faut arrêter de nous focaliser sur l’âge de la prise de pension et se concentrer sur les durées de carrières.

    Après l'été, le gouvernement se réunira à nouveau. À quoi vous attendez-vous ?

    J’espère qu’à l’occasion de ces rencontres de vraies mesures seront mises sur la table et qu’une véritable réforme aura lieu. Si la réforme des pensions doit avoir lieu, il faut que cela se fasse pour les jeunes. C’est à eux qu’il faut penser et non pas aux personnes déjà pensionnées. Il faut garantir et sécuriser les droits de pensions pour les personnes qui démarrent sur le marché du travail.

    Quel est selon vous le risque et l’impact d’une vie plus longue sur la pension ?

    C’est selon moi, il s’agirait d’un triple effet boule de neige. On augmente le niveau de pension moyen (ce que fait cette réforme), alors que le nombre de pensionnés augmente et que le nombre de pensionnés vit plus longtemps. L’impact de cette combinaison d’élément sera que la durée moyenne de pension sera petit à petit égale à la durée de cotisations. Vous cotiserez donc moins longtemps que la durée pendant laquelle vous recevrez le bénéfice. Une situation pareille n’est pas tenable pour notre système économique.

    Si vous souhaitez en savoir plus sur la position de NN sur la réforme des pensions et l’impact qu’une vie plus longue aurait sur notre système des retraires, lisez ici le mémorandum.

     

    Partagez cet article