Que signifie la crise du coronavirus pour votre argent et vos placements ?

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La crise du coronavirus est partout et dans tous les esprits. Quel est l'impact du Covid-19 sur votre argent, vos placements et vos plans de pension ? Nous dirigeons-nous vers une énorme dépression ou y a-t-il au contraire des raisons d'espérer ? Evert van Meeuwen, gestionnaire de portefeuille chez NN, jette un regard sur l'avenir.

 

Les marchés connaissent de fortes fluctuations, parfois de manière surprenante. À un moment donné, les bourses ont par exemple progressé alors que le nombre de cas de contamination et de décès augmentait... Comment expliquez-vous cela ?

Evert van Meeuwen : Plusieurs facteurs entrent en jeu. Les marchés financiers sont par essence très volatils. Donner une valeur correcte à une entreprise est donc très difficile. Les prévisions macroéconomiques partent dans tous les sens... Il y a bien sûr aussi, à côté de cela, plusieurs raisons spécifiques. À un moment donné, le nombre de décès augmentait encore, mais cette hausse était aussi moins forte que prévu. Les réactions des banques centrales et des gouvernements qui font tout ce qui est possible pour éviter des problèmes de liquidités pour les entreprises sont peut-être encore plus importantes dans la mesure où ces problèmes de cash peuvent avoir un effet boule de neige sur les faillites. Les bourses ont donc réagi très positivement à ces initiatives.

A-t-on observé beaucoup de ventes sur les marchés financiers ces dernières semaines ?

Evert van Meeuwen : Clairement, sinon les cours n'auraient pas diminué à ce point. Beaucoup de stop-losses ont aussi été activées au niveau des polices. Il s'agit d'options financières qui prévoient la vente automatique des unités d'un fonds quand le cours passe en dessous d'un niveau préalablement défini. Beaucoup de fonds travaillent aussi avec un budget risque maximal et ne peuvent donc avoir qu'une certaine volatilité. Si les bourses fluctuent fortement comme c'est le cas aujourd'hui, la volatilité au niveau des actions augmente et ils sont obligés de vendre des actions.

Opportunité pour les investisseurs à long terme

Combien de temps les clients qui ont tout conservé et n'ont rien vendu vont-ils devoir attendre avant d'effacer leurs pertes ?

Evert van Meeuwen : C'est impossible à dire. Le virus est un facteur externe qui a provoqué un arrêt brutal de la machine économique. La question consiste donc à savoir quand cette machine se remettra en route et nous n'avons pas de réponse à ce stade. Une autre question concerne la manière dont les entreprises et les ménages vont réagir après ce choc. Les entreprises vont-elles rationaliser, réduire les coûts et investir moins que prévu ? Les ménages vont-ils consommer moins ? Ces effets secondaires seront importants pour l'économie et donc aussi pour les résultats boursiers.

Personne ne sait avec certitude combien de temps il faudra aux bourses pour effacer leur baisse. Mais si nous regardons ce qui s'est produit par le passé, il y a alors des raisons d'espérer. En 2008, la bourse américaine (S&P 500) avait perdu 55 % en moyenne et il avait fallu attendre 3 ans environ. En 2011, la baisse du S&P 500 avait été de 20 % et il avait suffi de quelques mois pour remettre les compteurs à zéro. Si vous êtes un investisseur à long terme avec un horizon de 8 à 10 ans, la meilleure solution consiste sans doute à laisser passer l'orage. Et si vous pouvez investir aujourd'hui, vous aurez de bonnes chances de rendement à l'avenir. Il n'y a donc selon moi pas de raison de paniquer pour les investisseurs à long terme. Au contraire, c'est même le moment d'acheter !

Quel sera l'impact de la crise actuelle sur les plans de pension comme les assurances épargne-pension et les assurances groupe ?

Evert van Meeuwen : Tout dépendra du pourcentage d'investissements en actions. Les fonds mixtes et flexibles ont perdu en moyenne entre 10 et 15 % alors que les vrais fonds défensifs n'ont cédé que 5 %. Celui qui a investi 100 % en actions souffrira par contre beaucoup plus. Attention, nous comparons toujours la baisse par rapport au cours maximal d'un fonds mais il y a peu de chances que vous ayez acheté à ce moment-là. Cette comparaison n'est pas non plus pertinente si vous versez régulièrement des primes puisque vous n'investissez pas toujours au cours le plus élevé. Mais dans tous les cas, il est tout aussi difficile de vendre au plus haut que d'acheter au plus bas. Des achats étalés dans le temps représentent donc vraisemblablement une bonne stratégie pour beaucoup d'investisseurs.

La gaffe de Lagarde

Parmi tout ce qui a été dit sur cette crise, qu'est-ce qui vous a le plus marqué ?

Evert van Meeuwen : La réponse qui me vient spontanément est Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne, qui a prononcé un discours interpellant lors de l'importante réunion du 12 mars. Elle a en effet déclaré alors « nous ne sommes pas là pour combler les spreads », indiquant qu'elle n'avait pas pour objectif principal de sauver les marchés financiers. Cela a été perçu comme une grosse gaffe par les marchés financiers et a provoqué une belle panique alors que le reste de son message était tout à fait sensé. Il a encore fallu deux réunions pour convaincre tout le monde du fait que la BCE entendait bien faire tout ce qu'il fallait pour sauver l'économie.

Quelles sont les mesures qui vous ont le plus marqué pendant cette crise ?

Evert van Meeuwen : Les banques centrales ont réagi rapidement mais que peuvent-elles encore faire ? D'un autre côté, les marchés demandent depuis longtemps des incitants fiscaux. Les États-Unis ont injecté 2,2 trillions de dollars dans ce cas, l'Allemagne 750 milliards d'euros… C'est vraiment énorme !

Une créativité incroyable

Quelles sont pour vous les raisons d'espérer en ces temps de crise ?

Evert van Meeuwen : Pour commencer, la mobilisation admirable du personnel dans les soins de santé malgré les risques. J'observe aussi beaucoup de solidarité. La crise rend aussi les gens créatifs comme ces apéros virtuels. Cela me conforte encore plus dans l'idée que nous allons nous en sortir.